Chapitre 3
Mattéo
Je le savais. Je savais qu'elle n'aurait pas dû sortir. Elle aurait dû rester chez Margaux. Margaux aurait vérifier qu'il n'y avait pas d'alcool à sa fête. Je lui en veux. Sinon, tout ça ne serait pas arrivé. Nous ne serions pas devant une salle d'opération, Margaux, les parents d'Alysée, et moi à attendre que les médecins et infirmières sortent de la salle avec elle. Les images d'Alysée allongée par terre en sang, les yeux fermés, sans respiration, hantent mon esprit. Lorsque j'ai pris mon portable pour appeler ses parents, ils ne m'ont pas tout de suite cru. Et puis, comme je criais au téléphone, ils se sont affolés. Presque immédiatement, ils sont arrivés sur le lieu de l'accident. Ils sont restés immobiles, figés, voyant l'état de leur fille, la voiture, le chauffeur évanoui à l'intérieur, la route salie par le sang. Et puis, ils ont voulu la toucher, s'assurer qu'elle était vivante, l'embrasser. Les ambulanciers ne les ont pas laissés l'approcher, sauf quand M. Legrand, père d'Alysée, énervé, effrayé, a crié qu'ils étaient ses parents ; mais ils n'ont pas pu la toucher. Ils nous ont emmené dans leur voiture, Margaux et moi, après avoir prévenu nos parents, jusqu'à l'hôpital. Margaux a dû me prendre par les épaules pour me guider. Moi, j'étais paralysé, incapable de bouger, sur une autre planète. La planète du désespoir. Je voyais mon amie de toujours s'éloigner, sans moi, sans que je puisse la retenir.
Un bruit de porte. Deux infirmières et un docteur sont sortis de la salle d'opération. Nous nous levons tous en même temps, sans pourtant pouvoir faire quelque chose. Au milieu d'eux, sur un lit roulant, Alysée. Elle est allongée, le corps encombré de tuyaux, le nez et la bouche couvert d'un masque respiratoire. Margaux se précipite vers notre amie :
_ Aly !
Les parents de la blessée accourent aussi vers leur fille et demandent au médecin :
_ Alors, docteur ? Elle va bien ? Qu'a-t-elle ?
_ Eh bien, comment dire… Votre fille a une fracture de l'épaule et de la jambe, quatre côtes cassées, un traumatisme crânien… Et le choc de la voiture n'a pas été sans dommage : ses poumons et son dos ont été abîmés aussi.
_ Mais … Elle va s'en remettre, n'est-ce pas ?
_ Nous ne pouvons pas nous prononcer pour le moment. Tout ce que je peux vous dire, c'est que si elle survit, ce ne sera pas sans séquelle.
Sa mère, sous le choc, ne supporte pas la nouvelle.
_ Oh, mon Dieu ! Mon enfant !
Elle enfouit sa tête contre son mari ; Margaux, quant à elle, se blottit contre moi et laisse ses larmes couler. Je regrette mes pensées de tout à l'heure. Je ne peux pas lui en vouloir : personne ne pouvait savoir ce qui allait se passer. Je pose ma tête sur ses cheveux, lourd de toutes ces informations que je viens d'avaler en même temps. C'est trop lourd, cela m'empêche de parler. J'entends mon amie pleurer à chaudes larmes :
« Si seulement je l'avais obligée à rester ! On n'en serait pas là !
_ Ce n'est pas ta faute, tu ne pouvais pas savoir, dis-je en essayant de la rassurer, personne ne le pouvait …
Elle bégaye :
_ Mais si, j'aurais dû faire attention …
Je prends la tête de Margaux entre mes mains et la regarde droit dans les yeux :
_ Écoute-moi bien : personne n'a dit qu'elle allait mourir, d'accord ? Ils viennent seulement de l'opérer ! Il leur faut encore du temps pour étudier son cas.
_ Mais ils ont dit tout à l'heure …
_ L'opération vient juste de se finir ! Ne t'occupe pas de ce qu'ils ont dit. Ne t'inquiète pas, je suis sûre qu'elle s'en sortira.
_ Tu es sûr ? Me dit-elle, la voix pleine de larmes.
Je n'avais pas fait attention que les parents d'Alysée nous écoutaient. Je crois qu'ils ont besoin d'être rassurés, eux aussi. Je réponds à mon amie :
_ Fais-moi confiance, et garde espoir. Alysée a toujours été forte, elle ne s'en ira pas comme ça.
Du moins c'est ce que j'espère. Et surtout ce que je veux me persuader de croire …
Parfois, j'aimerais lire l'avenir, pour savoir ce qu'il va se passer !